Mardi 07 Février 2012
Oncologie

Myélome multiple

Une année de progrès très concrets

Beaucoup de concrétisation quant au dynamisme de la recherche clinique dans le myélome durant cet ASCO 2010. Démonstration d’un effet significatif sur la survie globale de l’acide zolédronique ; démonstration de l’impact du traitement de maintenance par lénalidomide sur la survie sans progression après traitement intensif ; démonstration de l’efficacité de nouveaux médicaments et de nouvelles classes thérapeutiques.


      
Gareth Morgan

Londres

"Une amélioration de la survie globale avec l’acide zolédronique"



L’acide zolédronique démontre un impact significatif sur la survie globale
 
Les bisphosphonates sont l’un des piliers du traitement du myélome, maladie dans laquelle les manifestations osseuses sont l’un des éléments les plus précoces. Plusieurs données expérimentales, concernant en particulier l’acide zolédronique, laissent à penser qu’il aurait un effet antitumoral spécifique et donc un impact sur la maladie elle-même. Par ailleurs, l’acide zolédronique a démontré son efficacité antitumorale dans d’autres pathologies cancéreuses en particulier avec l’étude Gnant en adjuvant dans le cancer du sein au stade précoce.

Pour évaluer de façon prospective cette hypothèse, l’équipe anglaise du Medical Research Council présentait, durant la session orale de l’ASCO 2010 consacrée au traitement du myélome, les résultats très attendus d’une étude ayant comparé de façon randomisée l’effet de l’acide zolédronique à celui du clodronate sur la survie globale.
 
L’étude MRC Myeloma IX a ainsi inclus 1 960 malades présentant un myélome multiple nouvellement diagnostiqué (sujets jeunes traités par ailleurs par traitement intensif et sujets âgés traités par traitement sans autogreffe) qui ont été randomisés pour recevoir soit de l’acide zolédronique (4 mg IV toutes les 3 ou 4 semaines ; n = 981 malades) soit du clodronate (1 600 mg per os par jour ; n = 979) et ceci jusqu’à progression de la maladie. L’objectif principal de l’étude était la survie globale.
 
Après un suivi moyen de 3,7 ans, l’acide zolédronique a démontré un bénéfice significatif de 5,5 mois sur la survie globale par rapport au clodronate (50 mois versus 44,5 mois ; p=0,04) (Diapositive 1). De plus, il a également permis de prolonger significativement la survie sans progression de 2 mois par rapport au clodronate (19,5 vs 17,5 mois ; p = 0,0179).
 
En ce qui concerne les événements osseux, l’administration d’acide zolédronique, comparativement à celle de clodronate, a permis une réduction de 24% du risque d’événements osseux (27% versus 35,3% ; p=0,0004). Pour les investigateurs de l’étude, cet impact sur les événements osseux ne suffit pas à expliquer l’impact sur la survie. En effet, d’après l’analyse statistique qu’ils présentaient à Chicago, ce résultat sur la survie globale s’est montré indépendant des événements osseux ce qui suggère un effet antitumoral spécifique de l’acide zolédronique.
 
En termes de tolérance, le taux d’insuffisance rénale aiguë a été de l’ordre de 6%, identique dans les 2 bras et ce quel que soit l’âge. Seul le taux d’ostéonécroses de la mâchoire, bien que peu fréquent, a été statistiquement différent (3,5% dans le groupe acide zolédronique versus 0,3% dans le groupe clodronate) avec une majorité de formes mineures.
 
Pour Gareth Morgan, qui rapportait ces résultats à Chicago, « il est clair que l’acide zolédronique apporte une prolongation cliniquement significative de la survie globale et une diminution des événements osseux. La tolérance de ce traitement au long cours a été globalement bonne et de manière globale ces résultats confirment l’impact antitumoral potentiel de ce médicament qui peut être expliqué par un effet apoptotique direct synergique avec celui de la chimiothérapie ».

Pour Philippe Moreau, qui présentait durant cette même session les résultats de l’étude de l’Intergroupe Francophone du Myélome IFM 2007-02 ayant comparé le vTD au VD en traitement d’induction, « les résultats de la très large étude du MRC étaient très attendus par la communauté des experts du myélome. Ils démontrent clairement l’avantage de l’acide zolédronique par rapport au clodronate sur la survie globale. Si les données rapportées par Gareth Morgan sont convaincantes de façon globale, il faudra attendre la présentation des résultats plus complets de cette étude, qui comportait plusieurs bras, pour en tirer tous les enseignements pour la pratique quotidienne ».


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Agnès Barret. D’après les communications orales à l’ASCO 2010 à Chicago de Michel Attal (abstract 8018) et Gareth Morgan (abstract 8021) de Sagar Lonial (abstract 8020), et un entretien avec Philippe Moreau et Jean-Luc Harousseau à Chicago.
11 juin 2011
 
 
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